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Mgr Tharcisse T. Tshibangu, Le Concile Vatican II et l’Eglise africaine. Mise en route du Concile dans l’Eglise d’Afrique (1960-2010), Kinshasa, Epiphanie - Paris, Karthala, 2012. PDF Imprimer E-mail
Écrit par Kalamba Nsapo   
Lundi, 04 Mars 2013 20:51

Mgr Tharcisse T. Tshibangu a eu la chance de prendre une part directe aux travaux du Concile Vatican II dont il a été le plus jeune expert théologique officiel nommé par le pape Jean XXIII. Il nous en livre un témoignage personnel à partir du promontoire de son Eglise africaine.

L’enjeu de la 1ère partie du livre. En partant de la figure d’un fougueux intellectuel catholique, Alioune Diop, fondateur et directeur de la Société Africaine de Culture et de la revue Présence Africaine, Mgr Tshibangu attire l’attention sur la détermination de l’Afrique à assumer une présence responsable au cours du grand événement qui allait se dérouler en octobre 1962. Il parle d’une consultation lancée par Alioune Diop avant l’ouverture du Concile, dont l’objectif était de solliciter «la collaboration des Africains les plus compétents, laïcs et prêtres, à la rédaction d’études portant sur la place, la mission et la contribution du génie africain dans la vie catholique» (p. 17). On remarque avec intérêt que les questions et les thèmes constitutifs de cette consultation sont d’une brûlante actualité. A ce moment-là, on visait déjà l’émergence d’un christianisme africain, d’une spiritualité autochtone, d’une liturgie propre, d’une théologie élaborée à partir des réalités du continent africain. Mgr T.T. Tshibangu se souvient d’avoir contribué à l’articulation synthétique des soucis, des angoisses et des espérances de la situation africaine et de l’Eglise en Afrique.

Dans la 2è partie de son livre, il rend compte du déroulement et des acquis du Concile. Bien sûr, l’accueil du Concile était mitigé dans l’esprit d’un certain nombre d’intellectuels qui considéraient l’Eglise comme «le support du colonialisme». Mais l’intérêt porté à la grande réunion œcuménique de 1962 par la Société Africaine de Culture fut significatif. Alioune Diop voyait dans la participation des évêques africains au Concile «l’apogée de la promotion religieuse de la négritude» (p. 42).

Concernant cette participation, en général, on a dit de façon quasi unanime qu’«elle s’est révélée active et inspiratrice». «Il est apparu en fait que l’Episcopat africain s’est rangé, d’une façon générale, du côté de l’aile qualifiée de ‘progressiste’ centrée sur le groupe des évêques dits du ‘Centre Europe’… On a souligné (…) qu’ils étaient intervenus la plupart des fois à des moments où il fallait des voies médiatrices pour réconcilier ou rapprocher les tendances antagonistes qui s’étaient manifestées.»  (p. 43-44).

La participation de l’expert Tshibangu Tshishiku mérite d’être relevée au sujet de ce qui allait inspirer l’ecclésiologie conciliaire et post-conciliaire. Il avait déjà compris qu’aucune image biblique ne suffit pour articuler parfaitement le mystère de l’Eglise. On ne peut tout réduire à  la notion de corps mystique. Il faut recourir à trois notions essentielles et complémentaires dans la Bible : peuple de Dieu, Corps mystique, royaume de Dieu. Cette proposition avait recueilli les approbations unanimes.

Ceci étant dit, il faut relever les acquis du Concile dont la portée est plus particulièrement pertinente pour l’Eglise en Afrique. Il suffit de les citer: La Constitution Lumen Gentium sur l’Eglise, numéros 13 et 23; le Décret Orientalium Ecclesialum sur les Eglises orientales catholiques, numéros 2 et 3 en entier; le Décret Ad Gentes sur l’Activité Missionnaire de l’Eglise, numéros 19 et 22 ;  le Décret Perfectae Caritatis sur la Rénovation et l’Adaptation de la Vie religieuse, numéros 2-3 entier; la Constitution SacroSantum Concilium, numéros 37-38-39; la Déclaration Nostra Aetate sur les relations de l’Eglise avec les Religions non chrétiennes, numéro 2 en entier; la Constitution Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps, numéro 9 en entier (p. 49-59).

La troisième partie de l’ouvrage porte sur la Réception du Concile. Elle comprend les points suivants : Le Message de Paul VI à l’Afrique: Africae Terrarum (1967), le discours du même pape aux évêques africains à Kampala: «(…) Vous pouvez et vous devez avoir un christianisme africain» (1969), la Déclaration des Evêques Africains au Synode Romain des Evêques à Rome: «Promouvoir l’Evangélisation dans la coresponsabilité» et «encourager la recherche théologique africaine» (1974), le grand Synode diocésain post-conciliaire de Kinshasa (1986-1988) (p. 59-70). Sans oublier le colloque d’Abidjan initié en 1977 par Alioune Diop au cours duquel fut posée la question d’un Concile Africain qui se tiendrait en Afrique. Vœu exprimé une fois de plus en 1980 par le Cardinal Malula. Finalement, on eut un premier Synode Africain convoqué par Jean-Paul II en 1989, tenu en 1994, suivi de la publication, par le Saint Siège, à Yaoundé, en 1995, de l’Exhortation apostolique Ecclesia in Africa. Un deuxième Synode africain fut célébré en 2009, dont l’Exhortation Apostolique Africae munus retint l’essentiel et fut promulguée en 2011 au Bénin par Benoît XVI.

L’appropriation du Concile se déploie aussi à travers le mouvement liturgique et le mouvement théologique. Concernant le premier mouvement, la Congrégation pour le culte Divin confirma aux évêques du Zaïre, en 1988, que le rite zaïrois ad experimentum correspondait, dans ses lignes générales, aux dispositions du Concile Vatican II. Il fut promulgué et devint le «Missel romain pour les diocèses du Zaïre». Le deuxième mouvement est théologique. Mgr T.T. Tshibangu y a largement contribué. L’histoire en convient.

J’aimerais souligner l’intérêt du livre de Mgr Tshibangu. Le lecteur attentif lui reconnaît de mettre à la disposition de tout le monde un dossier de travail irremplaçable sur son expérience du Concile. L’ensemble des sciences humaines peuvent en profiter en le percevant comme un corpus de corpus historiques, sociologiques, anthropologiques, liturgiques, théologiques.

Le théologien africain y découvrira  la perspicacité  d’un méthodologue consistant à tout décortiquer à partir de son horizon de sens. D’ailleurs, c’est de cette manière que Mgr Tshibangu a apporté sa part de pionnier à la théologie africaine en déployant ses nombreuses qualités d’épistémologue.

Dans le présent ouvrage, il commence par la préparation du Concile en mettant objectivement en exergue le nom d’un laïc : le Sénégalais Alioune Diop. J’apprécie cette façon de considérer l’importance du sensus fidei, c.-à-d. la capacité de discernement par laquelle le croyant accède à l’intelligence de la foi. Une aptitude qui relève de la fides qua.

 

Le livre de Mgr Tshibangu a aussi attiré mon attention sur sa relation avec les grands noms de la théologie de l’époque conciliaire. Il cite par exemple, si on se limite à la Belgique, Mgr G. Philips, le maître d’œuvre de la mise au point de la Constitution Lumen Gentium. Ou encore : le Cardinal Suenens, G. Thils, Ph. Delhaye. Cette présence belge poussa Y. Congar à qualifier le Concile Vatican II de « Louvain 1er » (Lovanium Primum) (p. 14). Il faut l’avouer : on avait là autre chose que des hommes d’affaire et des hommes de pouvoir dans l’Eglise.

Un mot final. Le lecteur qui aura bien compris les enjeux de l’ouvrage du plus jeune expert théologique officiel du Concile est celui qui, au terme de sa lecture, aura pris toute la mesure du travail d’archivage dans l’histoire de la pensée. Il s’agit d’apprendre à constituer, chacun dans son domaine d’investigation, les archives historiques sans lesquels les générations risquent de s’ignorer mutuellement, de se révéler incapables d’améliorer ou de surpasser l’œuvre de leurs prédécesseurs, d’offenser la mémoire historique et d’insulter l’avenir.